Ce que personne ne m'a dit en école d'ingénieure
Quand j'ai intégré ECE Paris en 2023, j'avais déjà une licence, des CTF au compteur, et une formation en cybersécurité derrière moi. Sur le papier, j'étais préparée. Dans la réalité, personne ne m'avait dit ce qui m'attendait vraiment.
On ne te dit pas que tu vas douter de toi tous les jours
Le syndrome de l'imposteur, j'en avais entendu parler. Mais le vivre, c'est autre chose.
Arriver dans une école d'ingénieurs française avec un parcours venu d'Afrique, c'est s'exposer à un regard — parfois inconscient, parfois très conscient — qui questionne ta légitimité avant même que tu aies ouvert la bouche. Est-ce que ma licence béninoise compte autant ? Est-ce que mon accent va me trahir en exposé ? Est-ce que je suis vraiment au niveau ?
Ces questions, je me les suis posées. Et je les ai posées à tort — non pas parce qu'elles étaient infondées, mais parce que la réponse était toujours la même : continuer à travailler.
On ne te dit pas que la représentation, ça compte vraiment
Dans une promo d'ingénieurs, les femmes sont peu nombreuses. Dans une spécialisation cybersécurité, encore moins. Et les femmes noires venues d'Afrique subsaharienne — je te laisse imaginer.
Ce n'est pas une plainte. C'est un constat. Et ce constat a un effet réel : quand tu ne vois personne qui te ressemble dans les rangs, dans les cours magistraux, dans les intervenants professionnels, tu commences à te demander si ta place est vraiment là.
Les CyberAmazones avaient répondu à cette question avant même que je pose le pied en France. Voir des femmes béninoises faire de la pentest, parler de CVE, construire des carrières dans la sécurité — ça m'avait blindée. Mais l'école a quand même rouvert la question.
On ne te dit pas que les difficultés financières sont épuisantes mentalement
Étudier en France quand on vient de l'étranger, c'est cher. Les frais de scolarité, le logement, la vie parisienne. Quand une partie de ton énergie mentale est consacrée à gérer l'argent, il en reste moins pour les cours, les projets, la recherche de stages.
Personne ne parle de ça dans les journées portes ouvertes. On te parle du campus, des partenariats entreprises, du réseau alumni. Pas de ce que ça coûte vraiment — pas seulement en euros, mais en énergie.
On ne te dit pas que les remarques sexistes existent encore
Oui, en 2023, dans une école d'ingénieurs. Pas toujours frontales — souvent subtiles. Un commentaire sur ta façon de t'exprimer. Une surprise à peine dissimulée quand tu réponds correctement à une question technique. Une blague qui "ne voulait rien dire".
Ça use. Pas parce que ça fait effondrer — mais parce que ça oblige à dépenser de l'énergie à gérer ce que tes camarades masculins n'ont pas à gérer.
Ce que j'aurais aimé qu'on me dise
Que douter est normal, mais que le doute ne dit pas la vérité.
Que ton parcours non linéaire est une richesse, pas un handicap.
Que les difficultés que tu rencontres ne sont pas toutes de ta faute — certaines sont structurelles, et les reconnaître comme telles, c'est se protéger.
Et surtout : que tenir, c'est déjà gagner.
Je suis toujours là. Et j'écris ces mots pour que la prochaine qui arrive sache qu'elle n'est pas seule.